Camera Buff

(Amator)

1979

 

FEATURE:

Filip Mosz buys himself an 8mm camera to record the first years of his new baby. He becomes fascinated with his new acquisition and his interests turn to filming subjects other than his family. In the factory where he works, his bosses seize the opportunity and appoint him their official chronicler. His films win prizes at amateur contests and as his creative talents develop so does his desire to record reality as it really is and not as it is officially reported to be. At his factory he is confronted with censorship and as a result of his films his immediate boss is sacked: the management believe a documentary portrait of a disabled worker to be a discredit to their factory even though the person concerned is a model worker. Meanwhile, his wife, despising the time and commitment Mosz dedicates to his films, leaves him. Mosz opens his cans of film, exposing them to light. He turns the camera on himself.

35mm - 112 mins

Synopsis (mk2 diffusion)

Filip Mosz (Jerzy Stuhr), employé dans une fabrique d'une petite ville, achète une caméra 8mm pour filmer la naissance de sa fille et se découvre une passion envahissante pour le cinéma. Il ne se contente bientôt plus de filmer sa famille mais filme aussi ses voisins et les moindres événements de la rue. Il filme son usine et ses collègues de travail et en devient vite le chroniqueur officiel. Il gagne un prix à un concours amateur à Varsovie.

A son retour, il filme d'une façon de plus en plus obsessionnelle et s'attire les foudres du censeur politique pour avoir montré, avec des bonnes intentions, un vieil ouvrier handicapé. On lui fait comprendre qu'il n'a pas à filmer toute la réalité quotidienne mais la réalité officielle. Son chef, qui l'avait toujours protégé, est mis à la retraite. Sa femme, de son côté, furieuse et désespérée de ne plus le voir que la caméra à la main, le quitte avec le bébé. Mosz, qui se retrouve seul dans l'appartement désert, tourne alors la caméra vers son visage.

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Je crois que j'ai écrit l'Amateur pour Jerzy Stuhr.

Dans l'Amateur, il y avait de secteurs professionnels et des gens qui jouaient leur propre rôle sous leur propre nom, par exemple Krzysztof Zanussi qui vient assister à une projection du film de Mosz, ce qu'il faisait aussi dans la vie. Ces soirées étaient fréquentes à l'époque.

Le protagoniste se découvre une véritable fascination pour le cinéma en faisant un "home movie" en 8mm à la naissance de sa fille. La fascination est un sentiment terriblement "amateur". Je n'ai jamais ressenti cela. J'ai fait des films parce que c'était mon métier, et que j'étais trop paresseux ou trop stupide, ou les deux ensemble, pour en changer.

Vous pouvez consacrer plus de temps à votre famille si vous travaillez en usine mais, a contrario, l'attention que vous portez à votre famille lorsque vous faites du cinéma, est plus intense, plus explicite. Parce que, justement, vous vous sentez coupable - cela je le ressens - de ne pas leur accorder assez de temps et d'attention. Quand je ne tourne pas, je me consacre alors à ma vie de famille avec une intensité exceptionnelle.

Etre toujours ou rarement en famille : les deux choses sont possibles, l'amour est possible dans les deux cas, une forme d'harmonie et une forme d'agrément possibles, et dans les deux cas, le désaccord et la haine sont également possibles.

Pourquoi Filip, le fou de cinéma, détruit-il son film à la fin ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Toujours la même et unique chose : il détruit ce qu'il a créé sans renoncer, puisqu'il tourne la caméra vers lui-même. Il se rend tout simplement compte qu'il s'est enfermé dans un piège, et que tout en faisant ses films d'amateur avec de bonnes intentions, ils peuvent être utilisés avec de mauvaises intentions. Cela ne m'est pas arrivé. Je n'ai jamais vraiment détruit mes films. Mais si j'avais su que la censure allait confisquer les bobines de Station, j'aurais exposé la pellicule avant qu'elle soit confisquée.

Krzysztof Kieslowski, in Kieslowski on Kieslowski de Danusia Stock (Faber and Faber, 1993)

 

L'Amateur date de 1979 et fut présenté à Paris cette année-là dans la Semaine du Cinéma Polonais. C'est aussi, selon les propres paroles du cinéaste, "le plus optimiste", appréciation qui en dit long sur le tour d'écrou auquel nous soumet le réalisateur dont chaque oeuvre repousse toujours plus loin les limites de la désespérance. Dans cette Pologne qui n'en finit pas de se déchirer tant sont grandes les contradictions entre le pouvoir politique et le pays réel, Kieslowski promène une caméra qui, sans jamais hausser le ton, décrit les distorsions d'une société exsangue.

Dans l'Amateur, le protagoniste, Filip Mosz, commence à filmer le plus ingénument du monde : avec son petit appareil 8mm, il se propose d'enregistrer la croissance de son bébé mais dès lors qu'il a mis l'oeil au viseur, la réalité vient à lui sans qu'il ne puisse plus s'en défaire. De fait, à plusieurs reprises dans le récit, même lorsqu'il n'a pas de caméra à la main, Filip forme un cadre avec ses doigts et le porte à ses yeux pour observer ce qui se passe.

Jean A. Gili, Positif n334, décembre 1988