Time is on my side

envoyé par Aliocha le 09 janvier 2002 à 23:30:15:

en réponse à Re: Le temps dépassé envoyé par bojarski le 09 janvier 2002 à 17:23:57:

Excuse-moi d'insister (malgré ton rideau), mais je pense sincèrement que les films de Carax resteront. Peut-être pas tous, peut-être pas dans leur intégralité, mais quelques fulgurances, quelques éclairs par exemple de Pola x (désolé de faire une fixation sur celui-ci, mais c'est mon préféré), me semblent être de tels blocs de pure poésie, d'art en totale liberté, que je vois mal comment on pourrait les oublier, comment ils ne pourraient pas marquer l'histoire du septième art. Je veux vieillir avec les films de Leos. Si nous ne transmettons pas un peu de notre amour pour ces films aux générations futures, ce sera notre faute (et un peu celle de l'abrutissement généralisé de l'industrie du cinéma, dont le fric semble être plus que jamais le moteur absolu). Pola x a été un echec public (et critique, quasiment, en tout cas en France) ? Je m'en tape. Le bouquin de Melville a connu le même sort funeste, et ça ne m'empêche pas (cent-cinquante ans après sa publication) de le lire encore et encore et d'y voir l'un des plus beaux textes de toute l'histoire de la langue anglaise.
Oui, pourquoi les films de Carax ne resteraient-ils pas ? Parce qu'ils sont à part ? Pas plus que ceux de Bresson, Cocteau, Godard, ou Tarkovski. Et même si je ne mets pas Carax aussi haut que ces gars-là (enfin, en tout cas, pas au niveau de Bresson et de Tarkovski), je pense qu'il a quand même sa place parmi les grands poètes de l'image et du son... Si un film comme Le Miroir ne restait pas, si un film comme Pola X ne restait pas, que veux-tu que je te dise, ce serait surtout triste. Et bête. Mais bon, c'est pas les machins ineptes d'un Jeunet ou d'un Astérix ou de je ne sais quelle connerie (prochain étron à l'horizon: Le Raid... Tous aux abris), qui resteront. J'en mettrais ma main à couper. En tout cas pas pour ceux pour qui le cinéma, la poésie, les visions, ça voudra encore dire quelque chose. Et puis, même si on "oubliait" Carax pendant quelques années, quelques décennies, que sais-je, cela ne voudrait rien dire. El Greco, Georges de La Tour, on a mis des siècles après leur mort pour mesurer l'étendue de leur talent visionnaire... Non, décidemment (désolé de me répéter) mais la poésie, c'est "l'invulnérabilité" (Char). Evidemment, le cinématographe est un art relativement jeune, donc ça n'est pas évident de dire ce qui restera ou pas... Dire qu'une chose traversera le temps, dire qu'une chose est belle, c'est une affaire de conviction, de coeur, d'âme, d'intuition, d'"acte de foi" pour citer Vuillard. La poésie, c'est "l'invulnérabilité", même celle qui aurait l'air fragile. Tant pis pour ceux qu'elle ne touche pas. Triste pour eux. Mais ça ne m'empêche pas de dormir. Et de rêver à ce que j'ai vu dans les films de Leos. Et d'attendre avec impatience les prochains...
A.

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